Une formation, un salaire,
une première expérience professionnelle,
80% d’insertion à l’issue de la formation.

Orientations pédagogiques

Les mesures pédagogiques mises en place :

 

Ainsi que :

Principes, convictions et théories

 

     Il est certes indispensable de définir des objectifs, ainsi que les actions et les moyens qui permettront de les atteindre ou de les approcher. Il n'est pas de projet sans projection. Il est donc nécessaire, après avoir effectué l'état des lieux, de savoir clairement où on veut aller, comment on veut y aller et en combien de temps.

     Mais il faut savoir également pourquoi - et pour quoi ? - on veut y aller ! Et la réponse à cette question n'est pas seulement à rechercher dans "l'instinct de survie" d'un système, dans sa propension à chercher à se reproduire, à se pérenniser, quitte pour cela à s'adapter. Les CFA n'échappent pas à cette logique. Ils sont en recherche constante de maintien de leurs effectifs et doivent pour cela chercher à anticiper les mutations. La réponse à cette question n'est pas seulement d'ordre économique ; elle est aussi en rapport avec l'idée que l'on se fait de l'humain, de la justice sociale, du rôle de la formation. Elle est donc aussi éthique. Elle pose aussi le problème de la conciliation entre la gestion et la pédagogie, entre le souhaitable, l'idéal et le réalisable, le réaliste ; en cela, cette réponse est un compromis. Enfin, elle est un choix entre diverses théories pédagogiques, du moins à partir du moment où l'on est convaincu que l'action gagne à s'appuyer sur des théories, qui vont l'étayer et permettre de mieux baliser la route.

     Les principes, convictions et théories sur lesquels nous nous appuyons ne sont pas nouveaux. Ils sont le résultat de plusieurs années d'expérimentations pédagogiques, partagés par la majorité des formateurs et déjà exprimés dans le projet de CFA 2001-2006. Le projet actuel s'inscrit donc dans la continuité de l'ancien, avec une adhésion commune aux mêmes valeurs, qu'il est utile de rappeler. 

 

1.     Il faut laisser le minimum de jeunes sur le bord de la route et la prise en compte des publics en difficulté est une priorité. C'est une obligation à la fois éthique, économique et réaliste. 

 

    Ethique, car il est inacceptable d'accepter de condamner définitivement un jeune à partir de son parcours initial, de considérer son échec scolaire comme irrémédiable, de se dire qu'il n'y a plus rien à faire, puisque tout a déjà été tenté, de ne rien faire pendant les deux ans passées au CFA pour essayer de le sortir de la spirale de l'échec. Ethique, parce que nos convictions sont à l'opposé des théories innéistes de l'intelligence et parce que nous croyons que l'échec peut très rarement être imputé à des déficiences intellectuelles, mais plutôt à l'insuffisance de médiations pendant l'enfance, à l'absence d'aide pour le travail scolaire à la maison ou à des blocages, voire des traumatismes engendrés par des situations familiales insupportables. Ethique, car nous refusons d'accepter que le déterminisme social cher à Bourdieu pèse si lourd qu'il n'y ait guère d'issue pour les enfants des milieux défavorisés.

     Economique, car ne pas donner aux jeunes en échec une formation professionnelle de qualité relève du gâchis. Economique, parce que de nombreuses professions manquent de main-d'œuvre qualifiée ; former les jeunes en échec, c'est répondre à ces besoins de main-d'œuvre, c'est l'intérêt des entreprises et c'est l'intérêt des jeunes. Economique enfin, parce que l'insertion sociale passe par l'insertion professionnelle. Donner une formation à des jeunes en échec et leur permettre d'accéder à l'emploi, c'est donc prévenir la délinquance et anticiper les mesures de réinsertion qui coûtent très cher et sont souvent inefficaces, parce que trop tardives.

     Réaliste, car le CFA ne recrute pas de jeunes en difficulté. Il les découvre, quand le contrat est signé ; il est placé devant le fait accompli. Il lui faut bien alors imaginer des solutions pour prendre en charge ces jeunes !

     Efficace et juste, car on ne règle pas le problème des inégalités par un traitement égalitaire, et il est indispensable " de donner plus à ceux qui ont le moins ".

    Enfin, la prise en charge de ces jeunes n'est pas incompatible avec la recherche de l'élévation des niveaux de qualification. Ces actions se complètent. Les entreprises ont certes besoin de repreneurs, mais aussi de salariés qualifiés, et des parcours étonnants ont apporté la preuve qu'on peut accéder à l'apprentissage en grande difficulté et se retrouver quelques années plus tard chef d'entreprise.

 

     > Cette volonté de laisser le minimum de jeunes au bord de la route s’exprime :  

  • Essentiellement à travers l’Atelier Plus, dispositif de remédiation sur les savoirs et compétences de base, auquel l’établissement consacre pratiquement 2,5 postes de formateurs,
  • Mais aussi par la convention signée avec l’AGEFIPH pour l’accueil de jeunes handicapés cognitifs,
  • Et enfin dans la médiation sociale et l’aide apportée par l’assistante sociale et l’association qui peut venir en aide aux plus démunis.
 

 

2.    Nous adoptons le postulat de l'éducabilité défini par Meirieu et déjà énoncé dans le précédent projet de CFA.

     Certes, comme le souligne ce pédagogue, ce postulat est indémontrable et vraisemblablement faux. Il existe hélas, sans qu'il n'y ait guère de doute, des êtres humains qui ne sont pas éducables. Mais adopter ce projet, c'est refuser toute attitude de résignation, c'est se mettre en action, c'est chercher des solutions, c'est tout tenter, c'est bricoler sans cesse, c'est constamment se poser des questions, c'est ne pas admettre qu'un jeune puisse ne pas comprendre, c'est enfin se centrer sur le jeune lui-même, sur les processus qu'il met en œuvre pour parvenir à une réponse - surtout si elle est fausse-, et non seulement sur le résultat. Nous voulons croire, comme Feuerstein, à la modifiabilité de l'être humain.

 

     > Sans adhésion à ce postulat, des dispositifs comme l’Atelier Plus et l’organisation des classes de DIMA n’auraient jamais vu le jour.

 

3.    Nous sommes convaincus que l'entrée en apprentissage crée les conditions d'un redémarrage à côté duquel il ne faut pas passer.

     En effet, le jeune acquiert un statut de salarié. Il devient acteur et constate que sa production a une valeur, puisqu'elle peut être vendue ou ses services tarifés. Cela lui permet de retrouver un sentiment d'utilité sociale, et ainsi de retrouver la confiance. Il appartient alors aux formateurs de créer une rupture avec le collège, d'une part en abandonnant le mode transmissif, d'autre part par une attente positive (effet Pygmalion).

 

     > Cette conviction doit être partagée par le maximum de formateurs. Il est important de créer une véritable culture d’établissement.

 

4.   En effet, la transmission des savoirs ne saurait être le mode privilégié d'enseignement.

     Certes, certains savoirs, indispensables, doivent être transmis : c'est le cas des conjugaisons, des règles d'orthographe, des tables de multiplication. Nous ne partageons pas les théories de certains pédagogues, qui croient que l'enfant peut tout découvrir, et si possible sans peine et sans contrainte ! Il y a des contenus difficiles à assimiler, mais dont on ne peut se passer tant ils sont transversaux. Ne pas consacrer le temps nécessaire à l'acquisition de ces contenus, ce n'est certainement pas rendre service aux plus défavorisés, à ceux qui n'ont que l'école pour accéder à ces contenus. L'apprentissage des règles, c'est aussi l'apprentissage de la rigueur. Maîtriser sa langue, c'est aussi avoir les mots pour dire les choses, avoir une autre voie pour s'exprimer que celle de la violence. Accepter ce concept de transmission n'interdit pas, par contre, de s'interroger sur la manière dont un jeune mémorise.

     Mais, Piaget l'a montré, les connaissances se construisent. Les savoir-faire ne se transmettent pas. C'est une chose de connaître conjugaisons et règles d'orthographe ; c'en est une autre d'être capable d'utiliser ces savoirs pour écrire un texte correct. C'est une chose de connaître par cœur ses tables de multiplication ; c'en est une autre d'utiliser la multiplication à bon escient pour résoudre un problème. Il appartient donc au formateur de créer les conditions favorables à la construction des connaissances.

 

     > Le cognitivisme trouve son expression dans la manière dont sont organisés les apprentissages à l’Atelier Plus et en CAP Maintenance automobile et Carrosserie (individualisation), le jeune étant placé en situation d’acteur.

 

5.     Comme Vigotsky l'a démontré, si l'enfant construit ses connaissances, il a besoin pour cela de la présence de l'adulte.

     On doit à ce psychologue trop peu connu deux concepts essentiels en pédagogie. D'abord celui de la médiation. La médiation est apportée par l'adulte, médiateur entre le monde et l'enfant ; plus les médiations seront riches pendant l'enfance, plus l'intelligence se développera. Ensuite, celui de la ZPD (Zone Proximale de Développement) : l'aide que l'adulte apporte à l'enfant, son "travail" de médiateur, doit se situer juste au-dessus du niveau de développement du jeune, à N+1 si l'enfant est à N. Ce que l'enfant parvient à faire aujourd'hui avec l'adulte, il saura le faire seul demain, affirmait Vigotsky. Voilà un concept à faire connaître aux nouveaux formateurs, qui ont souvent tendance à travailler au niveau N+3 ou N+4 ! Si l'on croit les théoriciens de l'éducabilité cognitive, les médiations peuvent s'exercer à tout âge, on peut rattraper les médiations qui ont manqué pendant l'enfance (concept de "modifiabilité"), théorie tout à fait encourageante pour un formateur de CFA ! Mais tout cela nous fait comprendre aussi qu'individualiser l'enseignement pour que le jeune construise ses connaissances, ce n'est pas placer cinquante jeunes devant des PC et les livrer à eux-mêmes et que l'autonomie s'acquiert et ne se décrète pas.

 

    > Les conditions d’apprentissage à l’Atelier Plus (pas plus de 8 jeunes par formateur) et en individualisation (pas plus de 12 jeunes) rendent les médiations possibles.

 

6.     La primauté doit être donnée à l'individu.

Les publics accueillis par les CFA ont atteint un tel niveau d'hétérogénéité, sont si divers qu'il n'est plus possible d'apporter à leurs demandes une réponse identique à travers des groupes-classes à effectifs constants. Il est devenu indispensable de créer des systèmes souples d'entrées et de sorties, de positionner, de personnaliser. Lourde tâche, qui complexifie le système, qui rend plus compliqué le travail des différentes catégories de personnel, mais devenue inévitable ! Il n'est en effet pas question de sacrifier l'intérêt de la personne sur l'autel du groupe pour des raisons de confort organisationnel.

 

     > Cette volonté d’individualiser s’exprime bien sûr à travers les parcours personnalisés élaborés pour répondre à la diversité des besoins et des projets.

 

7.    Il faut arrêter de penser que l'alternance n'est rien d'autre que l'alternative à proposer à tous ceux qui sont en difficulté au collège. Il faut au contraire affirmer haut et fort que l'alternance est une voie de la réussite.

     Elle peut de ce fait être proposée aux collégiens pour ce qu'elle est réellement, pour les parcours de réussite qu'elle permet d'amorcer, et non plus comme une solution à l'échec. "Peut-on construire des partenariats gagnant/gagnant avec la voie professionnelle, ses acteurs de la formation et les entreprises en se reposant sur des concepts et des circulaires qui posent l'alternance ou les enseignements professionnels en modalités de traitement de décrochage scolaire, de la difficulté scolaire ? Une autre voie est possible : présenter la voie professionnelle, l'entreprise, qu'elle soit industrielle ou artisanale, commerciale ou de service, comme désirable à
tous, c'est à dire aussi aux bons élèves. C'est concevoir qu'un beau parcours de réussite professionnelle puisse se réaliser au travers de la reprise ou de la création d'entreprises artisanales, la gestion de PMI/PME...Sollicitons et présentons l'entreprise pour les parcours d'excellence de la même façon que nous souhaitons l'impliquer dans le traitement du décrochage et de la difficulté scolaire " (Benoît Touzet).

 

      >  Le CFA de la CMA 41 essaie de communiquer au maximum sur l’efficacité de la formation par la voie de l’apprentissage, aussi bien auprès des entreprises que des jeunes, avec des moyens humains importants (environ deux postes à temps complet).

 

8.   L’entreprise est formatrice.

      Dans un système de formation en alternance tel que l’apprentissage, le jeune est présent dans son entreprise d’accueil, selon les sections, plus de la moitié ou plus du tiers de son temps de formation. Il y acquiert des savoirs expérientiels, des savoir-faire, des savoir-être, expérience professionnelle et culture d’entreprise. Le formateur de CFA doit prendre en compte l’entreprise et ses apports dans la formation du jeune ; il doit appuyer sa  démarche pédagogique sur le vécu du jeune en entreprise et entretenir des relations régulières avec le maître d’apprentissage.


     L’efficacité de la formation en entreprise s’explique en grande partie par le statut du jeune : apprenti et non simple stagiaire.
    Le stagiaire est souvent considéré comme une personne extérieure à l’entreprise – de passage – et se considère comme étant lui-même de passage. On lui montre les différentes tâches, les techniques, la vie en entreprise, mais sans que l’entreprise – ni le jeune – ne se sentent fortement engagés.
     En position d’acteur – et non d’observateur – l’apprenti est salarié de l’entreprise. Le maître d’apprentissage se sent responsable de la formation d’un jeune sous contrat de travail et s’implique, d’autant plus qu’il y a intérêt, s’il souhaite que son apprenti devienne rapidement efficace et rentable pour son entreprise. Quant à l’apprenti, membre à part entière de l’entreprise, il s’implique davantage et acquiert non seulement expérience professionnelle, mais aussi expérience du monde du travail et culture d’entreprise.

     De plus, son statut de salarié, ajouté à la constatation, manifeste, que sa production a une valeur, lui permet de retrouver un sentiment d’utilité sociale, d’autant plus appréciable pour un jeune qui a quitté le collège après de nombreux échecs et pâtit d’une image de soi négative.

 

        > Le CFA a décidé de s’impliquer pleinement dans les formations organisées par le Conseil Régional autour de la pédagogie de l’alternance.

    Le nouveau statut des Chambres de Métiers et de l’Artisanat, qui rend les évaluations du personnel obligatoires, sera un levier pour développer la pratique d’une véritable pédagogie de l’alternance chez les formateurs.